Architecture moderne et durable dans le Vorarlberg
Les touristes ne sont plus seulement attirés par la beauté de la vallée du Vorarlberg mais ils sont séduits aussi par l'architecture du bâti qui est devenue plus écologique : bois, verre ou acier.
Un savoir faire traditionnel pour une architecture moderne et durable dans le Vorarlberg
Tout à l’ouest de l’Autriche, des maisons à l’architecture innovante en bois, verre ou acier côtoient les classiques chalets d’alpage avec fleurs au balcon. Un mariage audacieux et souvent écologique développé depuis trente ans par les architectes, artisans et collectivités publiques du Vorarlberg. Cette culture du bâti a séduit la population locale et a entraîné une nouvelle forme de tourisme dans le Land. Depuis sa baie vitrée, Nathalie Mausburger observe la vallée et la montagne verdoyante. Sa maison, toute de panneaux de bois et mobiliers modernes surplombe le village de Bizau. Des menuisiers s'affairent aux dernières finitions. Nathalie vient d'emménager avec son mari et leurs deux filles il y a trois semaines. Le chalet existe depuis 1976 mais ils ont décidé de détruire la partie maçonnée pour tout reconstruire en bois avec une architecture contemporaine. « J'aime le style de la maison. Il y a beaucoup plus de lumière dans les chambres, on se sent comme dans un cocon, apprécie la jeune femme blonde de 28 ans. Et puis, on a utilisé le bois de la forêt familiale. Pas besoin d'en acheter » glisse-t-elle.
Composé d’épicéas, de sapins blancs ou de frênes, la forêt constitue un tiers de la superficie du Land. Le Vorarlberg est la région administrative la plus à l'Ouest de l'Autriche, parfois surnommée le « Ländle », « petit pays » diminutif affectif qui dénote aussi des divergences sociales et culturelles avec sa capitale. À deux pas de la Suisse, du Liechtenstein et de l'Allemagne, le Vorarlberg se trouve à 500km de Vienne et dispose de son propre dialecte.
« Les artistes du bâtiment »
Dans le passé, les habitants du Vorarlberg étaient plutôt pauvres. Leur principale ressource provenait de la vente du fromage en Italie ou de la construction d'églises avant que des usines textiles britanniques ne s'installent en ville et répandent les habitations en brique. « Jusque dans les années 1960, avoir une maison en bois renvoyait une image rustique et rappelait les fermes » raconte Marina Hämmerle, directrice de l’Institut d’architecture du Vorarlberg. C'est à ce moment-là que des jeunes architectes de la région fraîchement diplômés s’intéressent à l’héritage local et modernisent la construction en bois. « Ils s'opposaient complètement à l'Ordre national des architectes autrichiens, situé à Vienne » poursuit l’architecte. Lignes droites, esthétique audacieuse, jeu sur les formes asymétriques des montagnes alentours, toitures plates ou dentelées, mélange d’acier, verre, béton et bois. Depuis, le mouvement que l'on appelle des Baukünstler, « les artistes du bâtiment » s'est développé. Leurs premiers clients : la famille et les amis. Puis, les collectivités publiques leur ont emboîté le pas, à la fin des années 1980.
Le long du chemin en gravier en face de l'église à Bizau, s'intercalent des maisons individuelles ultra-lookées, des chalets traditionnels d'alpage avec géranium au balcon et des bâtiments combinant bois et acier flambant neuf. « On vient de refaire la salle communale pour la culture et le sport. Elle était hors normes et trop petite pour nos activités, proclame fièrement le maire du village, Josef Bischofberger. Il ajoute, pour le jardin d'enfants, on a choisi que du bois non traité. »
Un savoir-faire écologique
Cette culture du bâti s'inscrit dans une démarche de développement durable. Longtemps, la chaîne de télévision régionale a diffusé un programme dédié à l'architecture. Aujourd'hui, des débats sont toujours organisés pour sensibiliser les habitants du Vorarlberg. « Avec la multiplication des chantiers localement, les entreprises familiales se maintiennent, les emplois restent dans les villages. Et toute une nouvelle génération de charpentiers, menuisiers, architectes se forme » commente avec malice Matthias Ammann, secrétaire général de l’association des constructeurs en bois du Vorarlberg, Holzbau Kunst.
Thomas Berchtold est fils et petit-fils de charpentier. À 25 ans, il travaille comme responsable des finitions dans l'entreprise familiale, passée de l'artisanat à la construction de maisons passives en kit, à Wolfurt, non loin du lac de Constance. Oubliées les préoccupations climatiques, à côté des bureaux administratifs, un immense hangar de huit mètres de hauteur. A l'intérieur, charpentiers et personnels découpent et numérotent des planchettes de bois avant de les entreposer dans des camions. Ces derniers partent livrer la future maison. « Ce sont à chaque fois des logements à très faible consommation d'énergie, grâce aux vertus isolantes du bois, au triple vitrage des fenêtres et souvent à l'ajout de panneaux solaires ou de système géothermique dans les fondations. L'inconvénient principal demeure le coût. C’est 10% plus cher dans la région qu'une maison traditionnelle » reconnaît le jeune homme. Un prix qui peut s’élever à 50% de plus en France.
Much Untertrifaller, cofondateur du cabinet d’architectes international Dietrich|Untertrifaller, installé dans la capitale du Vorarlberg, Bregenz, se réjouit : « Les bonnes relations entre techniciens, bureaux de construction, architectes, charpentiers, et les investissements du Land ont conduit à un savoir-faire local supérieur à celui d'autres régions. »
Du tourisme architectural sur une terre de sports d'hiver
C'est ce savoir-faire qui attire depuis une dizaine d'années
, architectes, urbanistes, collectivités locales de toute l'Europe dans le Vorarlberg, pour visiter les villes de Bregenz, Dornbirn, Feldkirch comme la campagne environnante. Peu à peu, même, le tourisme culturel et architectural supplante les sports d'hiver dans cette terre de montagnes. Près de trente mille personnes jouent les pèlerins chaque année. L'office de tourisme propose des visites guidées ou des audioguides sur cette thématique tandis que les hôtels suivent la tendance en construisant à leur tour, des édifices aux lignes épurées.
Loin d’être flattés par cette apparente reconnaissance, les architectes restent dubitatifs. « Attention à ne pas nous tenir à nos acquis et nos prix d’architecture, concède Josef Fink, architecte du cabinet Fink Thurnher et depuis vingt-cinq ans dans la région. Il faut réfléchir davantage en terme d’urbanisme et de cohérence entre les bâtiments, spécialement dans les villages ». Marina Hämmerle met en garde contre les copies des projets: « Ce n’est pas un toit plat en bois qui fait l’architecture moderne et durable. Nous devons rénover davantage de l’ancien et favoriser aussi l’habitat intergénérationnel». Comme dans le village de Bizau où un immeuble de dix appartements pour personnes âgées et locataires en panne de logement devrait voir le jour d’ici deux ans.
Photos & textes : Marie Delbès, du CELSA