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Cafés de Vienne


Les cafés sont une véritable institution à Vienne. Découvrez cet art de vivre et les bonnes adresses des grands cafés riches en tradition.

L'histoire des célèbres cafés de Vienne

 

Si l’on en croit les Viennois, ils se seraient emparés de sacs remplis de précieux grains de café lors du retrait des troupes turques en 1683 après un siège infructueux de la capitale. Le café fut introduit par un espion turc à la solde de la cour autrichienne. Natif d’Istanbul, il fonda en 1685 le tout premier café viennois et les Viennois auraient alors pris goût à cette boisson chaude. Plus de trois siècles plus tard, le Kaffeehaus est devenu une institution unique au monde.

Vers 1900, un groupe d’auteurs entra dans l’histoire sous le nom d’« hommes de lettres du Kaffeehaus ». Ces écrivains utilisaient le café non seulement comme lieu d’échanges intellectuels, mais aussi comme lieu de travail et de création. L’un d’eux, Peter Altenberg (1859-1919), alla jusqu’à écrire l’adresse de son café préféré sur ses cartes de visite. Le Café Central, reconnaissant, lui a même érigé une statue ! Les grands compositeurs avaient découvert le charme des cafés avant même les écrivains : les deux Johann Strauss — père et fils — y présentèrent leurs œuvres, tout comme, avant eux, Mozart et Beethoven. Le café le plus ancien de Vienne est le Café Frauenhuber, ouvert en 1824. Le Café Sperl vaut également le détour. Il plonge les visiteurs dans une ambiance fin-de-siècle avec sa décoration intérieure typique du XIXe siècle, ses tables de billard et le grand choix de journaux. De nombreux hommes de lettres, notamment Arthur Schnitzler, utilisait le café comme un deuxième salon : le café offrait la possibilité de travailler sans se sentir seul, on pouvait y recevoir des appels et on se trouvait toujours au cœur des événements. Les cafés d’artistes les plus marquants sont, par exemple, le Café Hawelka, dont s’échappe une odeur alléchante de brioche fraîche le soir à partir de 22 heures. Le Café Landtmann quant à lui a toujours servi de point de rendez-vous central pour l’élite des politiciens et des économistes.

Les Viennois ont même élevé le plaisir de boire du café au rang d’institution culturelle et a été classée au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.

 

Cafés à la carte

 

Difficile d’entrer dans un Kaffeehaus sans succomber au charme de son ambiance à la fois raffinée et intimiste : banquettes tendues de velours, petites tables à plateau de marbre, chaises de bistrot signées Thonet, parquets cirés et grands miroirs reflétant une lumière tamisée… Certains de ces cafés possèdent une très riche décoration intérieure, dont l’aspect suranné et la patine ne font qu’ajouter à ce qui fait le charme d’un Kaffeehaus : son atmosphère. Il suffit donc de pousser la porte d’un café viennois pour être plongé dans un univers à mille lieues du tumulte quotidien. Asseyez-vous et commandez une tasse de café. Encore faudra-t-il vous décider entre le Kleiner Schwarzer (expresso serré), le Kapuziner (double expresso coiffé d’une fine couche de crème fouettée), l’Einspänner (grand café servi avec une généreuse dose de crème fouettée) et le Melange (capuccino, un café allongé avec du lait chaud), pour ne citer que quelques-unes des spécialités les plus courantes.

 

Les cafés typiques :

  • Melange - un café allongé avec du lait chaud
  • Kleiner/grosser Schwarzer ou Mokka - petit/double expresso
  • Kleiner/grosser Brauner - petit/double café noisette
  • Einspänner - grand café servi avec une généreuse dose de crème fouettée
  • Franziskaner - un café "Melange" avec de la crème fouettée

 

Puis vous pourrez vous adonner à vos activités préférées : lire l’un des nombreux journaux mis gracieusement à votre disposition, vous plonger dans les livres que vous aurez apportés, naviguer sur Internet grâce au wi-fi gratuit, refaire le monde ou même faire des affaires. Certains cafés possèdent aussi des tables pour jouer aux cartes et des billards souvent centenaires… Toutes ces activités cohabitent harmonieusement et chacun y trouve sa place : le café viennois évoque un peu un salon dans lequel on ne serait ni tout à fait chez soi, ni tout à fait à l’extérieur. Le lieu idéal pour tous ceux qui aiment se retrouver seuls en bonne compagnie, à mi-chemin entre scène de théâtre et espace d’introspection. Le client du Kaffeehaus sait qu’il s’inscrit dans une grande tradition où convivialité rime avec créativité. Une tradition aimée, entretenue avec soin et réinventée chaque jour.

 

Convivial et gourmand

Le Kaffeehaus viennois se distingue aussi par son sens du service : ses horaires d’ouverture — de tôt le matin jusqu’à minuit ou presque — témoignent à eux seuls de la volonté de satisfaire la clientèle. Ajoutez-y le personnel, presque exclusivement masculin et à qui l’on dit « Herr Ober » : si ces garçons de café à l’ancienne vous incitent à passer commande rapidement, ils le font toujours avec un humour et un charme typiquement viennois. Sans oublier bien sûr les confortables sièges et les petits plats, salés ou sucrés, qui font d’un séjour prolongé dans un Kaffeehaus un pur moment de bonheur. En dehors du plat du jour, les saucisses à la moutarde et les petits sandwiches sont deux grands classiques. Quant au duo journal + petit déjeuner, il est lui aussi indémodable… et irrésistible.

Comment ne pas mentionner enfin les pâtisseries, autre grand attrait de tout café viennois ? Elles sont pratiquement toujours faites maison et selon des recettes tenues secrètes, comme la Sperl-Schnitte (gâteau aux noisettes et chocolat) du Café Sperl ou la Haustorte (gâteau maison) du Café Alt-Wien. Le Café Korb, réputé pour sa décoration des années 1950, sert, dit-on, le meilleur strudel aux pommes de Vienne. Quant au Café Hawelka, vous y dégusterez, dans un cadre Art nouveau que l’on devine à peine tant les murs ont jauni ou noirci, les célèbres Buchteln mit Powidl (petites brioches fourrées à la confiture de prunes). Mais attention : servies chaudes vers 22 heures, elles partent littéralement… comme des petits pains !

En été, les terrasses invitent encore davantage à la dégustation de café et de gâteaux. Ces espaces extérieurs souvent protégés du soleil par des stores sont appelés « Schanigärten » en allemand. Sous le règne de l’impératrice Marie-Thérèse, l’Italien Gianni Tarroni a reçu pour la première fois l’autorisation d’installer des tables et des chaises en plein air, devant son café. L’appellation donnée à la terrasse de Gianni, « Giannis Garten », s’est vite transformée en « Schanigarten ». À l’ombre de l’un des plus vieux stores de Vienne, devant le Café Prückel, les visiteurs ont tout le loisir d’observer l’agitation des rues. Dans le Café Prückel, comme dans beaucoup d’autres établissements du même type, les visiteurs font l’expérience du service à la viennoise, avec « Herr Ober », ce garçon de café élégant qui gratifie les hôtes d’une petite révérence, le fin du fin du charme viennois.

Les Viennois ont mille raisons de se rendre au café : pour se détendre, discuter, reprendre des forces, lire, jouer, marchander ou juste voir et être vu. Mille raisons et autant de bonnes raisons, car le Kaffeehaus est un véritable élixir de vie. Et plus on y reste longtemps, plus ses effets se font ressentir !

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